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Guerre et paie


Vous êtes un homme. Un homme fait de chairs et d'os, un homme avant tout biologique, au sang saturé d'envies, de pulsions, d'instincts. Petite frustration est devenue grande. La chaleur étouffante de l'auberge, le froid cinglant de ce printemps qui tarde, et mère nature qui s'y met. Si l'ennui est une forme subtile de la mort alors allons voir sa petite sœur vous étiez-vous dit à la fin du repas.

Malgré la bise qui vous glaçait le visage, vous regardiez droit devant vous, prêt à esquiver la moindre embuscade. Vous avez traversé ainsi tout le quartier Est de la ville. À part deux trois silhouettes qui se déplaçaient rapidement comme poursuivies par le loup, il n'y avait personne. Cela faisait maintenant une demi-heure que vous marchiez ainsi dans le froid. La grande bâtisse anodine, le lieu de votre destination, était en vue.

Vous frappez trois petits coups secs, l’œilleton s'ouvre et se referme rapidement. La serrure se débloque bruyamment et vous entrez chez dame Efidie.

Chaque visite en ces lieux est un enchantement. La décoration était à la fois riche et douce. Une multitude de coussins, deux ou trois canapés, partout de la soie et du velours, des tons, le jaune, pastel, avec ici et là des pointes de rouge carmin et de bleu profond. Dame Efidie était une femme aux cheveux grisonnants, le visage fin, parsemé de rides harmonieuses, mais surtout d'une élégance incroyable. Chaque fois que vous passiez cette porte c'était un peu comme sortir du temps pour entrer dans un lieu en dehors de tout. Elle s'approche de vous en vous souriant pendant qu'une jeune femme brune au regard pétillant, la poitrine voluptueuse et dénudée vous ôte votre cape.

-- Bonsoir, messire Arthur. Je suis heureuse que vous nous honoriez de votre présence ce soir.
-- Allons, dame Efidie, vous savez bien que je suis tout acquis à votre cause.
-- Certes, je reconnais que vous êtes peu nombreux à braver le froid de la nuit jusqu'ici. Mais laissez-moi vous présenter Anna.
Une jeune femme aux cheveux très noirs et longs, à la peau blanche et fine s'avance doucement avec dans le regard un soupçon de crainte comme un animal apeuré.
-- Anna vient de commencer chez nous. Je vous laisse.

Anna s'avança timidement vers vous tout en vous tendant une main et ornant son visage d'un sourire maladroit. Elle se devait de tendre la main pour montrer comme elle est propre et bien soignée. De la même façon elle souriait pour montrer la qualité et l'hygiène de sa dentition. C’étaient ces petits plus qui faisaient la qualité de ces lieux. Vous saisissez délicatement la main de Anna qui vous mène alors à l'escalier. Petit à petit, à chaque marche, l'excitation grandit. Le moment que vous préférez est bien évidemment celui vous arrivez en haut des marches, à l'entrée du couloir des plaisirs. Des rires, des halètements et autres soupirs suintent de chaque porte. Anna s'arrête devant l'une d'entre elles et l'ouvre en grand. Votre curiosité est à son comble quand vous passez le pas de la porte. La décoration est tout aussi soignée que dans le salon. Le lit est couvert d'un grand drap de soie pourpre sur lequel reposent deux petits coussins pastel. Vous entendez derrière vous le son mélodieux d'une robe qui tombe mollement sur le sol. Vous vous tournez doucement pour voir Anna qui trône nu au milieu de ses vêtements. Elle a une toison épaisse tout comme le laissait présager ses sourcils. Vous êtes assis sur le lit et elle s’agenouille devant vous pour vous aider à ôter vos bottes. Un cri retenti alors, montant du salon. Ce n’est pas un cri de jouissance mais bien un cri d’horreur. Vous reconnaissez la voix de Dame Efidie. Anna sursaute et tourne brusquement la tête vers la porte, pétrifiée. Vous sortez rapidement, traversez le couloir et marquez un temps d'arrêt sur le palier qui surplombe le salon. En bas il y a un corps allongé que vous distinguez mal. Harty, le portier que vous n’aviez même pas remarqué à votre arrivée, et penché au-dessus du corps. Dame Efidie est debout, pâle. Elle semble bouleversée. Vous descendez les marches quatre par quatre. C’est une jeune femme qui repose au sol. Elle a le visage tuméfié et sa cape est couverte de sang. Elle respire encore, difficilement.

-- Qui t’a fait ça Miriame? Lui demande doucement Harty.

La jeune femme semble se concentrer en regardant le plafond, les yeux vitreux. « Qui t’a fait ça? » Lui répète-t-il. Mais rien. Plus rien. La jeune femme tombe dans les vapes. « Poussez-vous Poussez-vous » lance un vieil homme qui s’approche avec une mallette pour finalement s’agenouiller auprès de la femme.
« Elle va mourir ? Jean ? » Demande Damme Efidie. Le vieil homme garde un facies concentré tout en examinant les plaies. « Jean ? Jean ? » répète Dame Efidie. Puis elle s’évanouit. Vous avez à peine le temps de la rattraper pour la soutenir. « Oh mon Dieu… » Murmure le vieux Jean le regard fixé sur l’abdomen de la femme. Vous jetez rapidement un regard sur ce qu’elle a vu. Vous avez déjà vu de près des centaines de plaies, plus horribles les unes que les autres, mais à chaque fois elles venaient de batailles, de confrontations sanglantes. Mais ces plaies-là étaient marquées de méchanceté et de perversion. Heureusement rompu à l’horreur, votre dégoût se transforma machinalement en rage aiguisée. Magie de la biologie qui d’un coup fit ressortir tous vos instincts de chasseur. Cela faisait quelques semaines que vous ne travailliez plus, laissant l’acuité de vos sens au repos, et là, d’un coup, tout se réveillait. L’odeur du sang, l’odeur de la sueur du vieil homme, le parfum de Dame Efidie, les différents détails vous sautaient aux yeux: La forme des taches de sang, la couleur et texture de boue sous les pieds de la jeune femme, la taille des hématomes, toutes ses informations arrivaient en flot. Dame Efidie revint à elle. Le vieux Jean nettoyait les plaies et toutes les jeunes femmes du bordel entouraient la scène, certaines pleuraient, d’autres allaient et venaient dans une hystérie inquiète. Les quelques clients du moment s’en étaient allés discrètement.


[ Ca sent trop les problèmes, vous partez ]

[ Vous accompagnez Dame Efidie un peu plus loin. ]


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A.B